Hébergement: les mensonges du gouvernement

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Hébergement: les mensonges du gouvernement

Message  coal le Ven 5 Déc - 23:03


C'est un document qui est resté secret car il est accablant pour tout le
monde. Pour l'Etat mais aussi pour les associations d'aide aux
sans-abri. Il montre à quel point le système d'hébergement en France
fonctionne mal. A quel point une remise à plat est nécessaire. Mais il
montre aussi toute la mauvaise foi de Nicolas Sarkozy et de sa ministre
du logement, Christine Boutin
Car depuis quinze jours, toute la communication du gouvernement
tourne autour de deux idées: d'une part, il y aurait suffisamment de
places d'hébergement pour les sans-abri en France. D'autre part, ces
centres d'accueil seraient de qualité. Conclusion: si les sans-abri
meurent dans la rue, c'est qu'ils le veulent bien. Or une enquête
baptisée Solen, réalisée en juin dernier à la demande du ministère du
logement et que Mediapart révèle en intégralité, démontre exactement
l'inverse.
Reprenons: la semaine dernière, après la mort de plusieurs SDF en
quelques jours, notamment au bois de Vincennes, Nicolas Sarkozy fait
savoir qu'il prend les choses en main. Statistiquement, ces
disparitions ne sont pas plus nombreuses que d'habitude: les SDF
meurent autant en été qu'en hiver. Mais peu importe: le 26 novembre, en
conseil des ministre, Nicolas Sarkozy suggère qu'il faudrait pouvoir
héberger de force les sans-abri. Christine Boutin relaie l'idée devant
la presse. Tollé général des associations.
À Meaux, Nicolas Sarkozy reprend donc la main, et s'exprime dans un
long discours sur le logement comme s'il n'était pas au pouvoir, comme
s'il n'avait pas les clefs des finances: «Il faut agir de façon à
ce que plus personne ne meure de froid en 2008 dans l'un des pays les
plus riches au monde. C'est un scandale!»

Estimant que les sans-abri n'ont pas la lucidité nécessaire pour
décider s'ils souhaitent ou non rejoindre un centre d'hébergement
d'urgence, il préconise: «Cette personne-là (NDLR : le sans-abri), on
lui donne à manger un bon repas chaud, on lui propose de la soigner, on
lui permet de prendre un bain, on lui montre la chambre qu'on lui
propose. Si elle n'en veut pas, elle s'en va, elle reprend la rue.»
Nicolas Sarkozy n'a pas précisé si le bain serait moussant.
Peut-il vraiment ignorer la réalité des centres d'hébergement, les
vols, les violences, les dortoirs puants? Peut-il ignorer qu'en dépit
de ces conditions, qui font que beaucoup de sans-abri préfèrent
s'isoler dans un bois pour conserver un minimum de tranquillité et
d'intimité, il manque des places? «Il faut des places d'hébergement d'urgence? C'est fait», assure-t-il lors de ce même discours.

Des places, oui, mais dans des gymnases

  • L'argumentation est la même chez sa ministre, Christine Boutin, qui reprend des statistiques jamais consolidées et ne cesse d'affirmer: «Il y a 100.000 sans-abri en France et 99.6000 places d'hébergement.» Selon Christine Boutin, la situation serait donc très bonne. Et quand 400 SDF de plus seront morts, ce sera carrément parfait.
    Le 25 novembre, Christine Boutin va jusqu'à assurer avec le plus grand aplomb que, le week-end précédent, «dans
    le XIIe arrondissement de Paris, tout proche du bois de Vincennes, il
    est resté 40 places libres dans les hébergements d'urgence»
    .
    Sollicité par Mediapart, le ministère n'a pas réussi à remettre la main
    sur la liste de ces 40 places disponibles. Mais officieusement, des
    proches de Boutin le confirment: il s'agissait de place en gymnase, où
    l'on dort entassés dans des lits de camp. Ambiance plutôt bain de foule
    que bain moussant.



    Le problème, c'est que c'est en toute connaissance de cause que le
    gouvernement raconte des histoires à dormir dehors. L'enquête Solen,
    réalisée le 9 juin 2008, le montre bien. Elle se compose d'une
    photographie de la situation des centres, réalisée le 9 juin 2008, et
    d'un bilan de l'année 2007, sur lesquels le gouvernement s'est bien
    gardé de communiquer. On y apprend en effet qu'en France, près d'une
    demande d'hébergement sur deux (47%) est refusée. Et que, dans 73% des
    cas, ce refus s'explique par le manque de places disponibles. En
    Ile-de-France où la situation est la plus tendue, ce sont 64% des
    demandes qui subissent un refus, dans 78% des cas par manque de places
    (pour les autres motifs de refus: hébergement non adapté à la structure
    familiale, addictions, animaux de compagnie, etc., voir l'onglet
    Prolonger). L'Alsace et l'Aquitaine souffrent également beaucoup.
    Ces chiffres ont été établis sur l'ensemble de l'année 2007 et
    montrent que quelques places débloquées cet hiver dans des gymnases ne
    changeront rien au tableau d'ensemble. Pas plus que les 160 millions
    d'euros (sur deux ans) débloqués cette semaine par Nicolas Sarkozy, qui
    ne seront certes pas de trop pour tenter, une fois de plus, d'«humaniser» les centres existants.

Mais qui ne combleront pas les manques flagrants.
Car ce que ne dit pas le gouvernement, c'est que l'équation 100.000
SDF pour 100.000 places est complètement biaisée. Au-delà de la
fragilité de ces chiffres, il existe un problème majeur: les centres
d'hébergement sont destinés aux sans-abri, mais ces derniers sont loin
d'être les seuls à vouloir y dormir.

Seulement 4% des sortants vers un vrai logement


Toujours d'après l'enquête Solen, 35% des personnes qui sont dans
les centres d'hébergement n'ont rien à y faire (45% en Ile-de-France).

Ou plutôt, n'auraient rien à y faire, si les logements et les
structures nécessaires existaient. En effet, les travailleurs pauvres,

qui constituent le gros de ces troupes, auraient les moyens de payer un
loyer s'ils avaient un logement. Et les personnes atteintes de
pathologies lourdes devraient se faire soigner ailleurs. Pire: on ne
compte pas dans ces 35% les nombreux sans-papiers (dans les centres
d'hébergement d'urgence uniquement), qui, bien souvent, sont dans ces
centres uniquement parce qu'en l'absence de fiches de paie, ils ne
peuvent se loger ailleurs...
Le système est donc complètement bloqué et l'étude Solen est à cet
égard édifiante. En France, moins de 10% des personnes sortant d'un
centre d'hébergement (centre d'hébergement d'urgence et centre
d'hébergement et de réinsertion sociale) se dirigent vers un logement
durable, à peu près à proportions équivalentes vers le parc social et
vers le parc privé. Le chiffre tombe même à 4% à Paris, ville où les
sans-abri sont les plus nombreux.






En septembre, Christine Boutin avait fixé un cap: dans chaque
département, 15% des hébergés devaient sortir de ces dispositifs avant
l'hiver; charge aux préfets et à tous les acteurs du logement de
trouver les solutions adéquates. L'objectif était donc bien en deçà des
besoins. Et pourtant, il n'a pu être atteint. D'après les informations
recueillies par Mediapart, le ministère aurait reçu cette semaine le
bilan de cette opération, et seuls de 7 à 7,5% des hébergés auraient
quitté les structures.


Où sont-ils partis? Que deviendront-ils? On ne le saura sûrement
jamais. Car l'enquête Solen conduit également à s'interroger sur le
fonctionnement des associations qui gèrent les centres d'hébergement.
Si l'enquête rappelle les manques cruels de places pour les couples et
pour les sans-abris ayant un animal, le plus stupéfiant réside
ailleurs: en France, on ne sait pas ce que deviennent 51% des personnes
qui sortent d'un centre d'hébergement. Et même 77% à Paris! Sans abri
et sans suivi.
Dimanche, lire notre enquête: Canal Saint-Martin, deux ans après.
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Re: Hébergement: les mensonges du gouvernement

Message  pefm le Sam 6 Déc - 0:08

Pourquoi je ne suis pas étonné de tout ça ???

Merci coal pour l'info
et merci médiapart pour le reportage (j'aimerais faire abonné mon boulot vu que je suis chargé d'une revue de presse quotidienne. Ca m'avait été refusé une fois mais je crois que je vais revenir à la charge)
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Re: Hébergement: les mensonges du gouvernement

Message  coal le Sam 6 Déc - 0:41

pefm a écrit:Pourquoi je ne suis pas étonné de tout ça ???

Merci coal pour l'info
et merci médiapart pour le reportage (j'aimerais faire abonné mon boulot vu que je suis chargé d'une revue de presse quotidienne. Ca m'avait été refusé une fois mais je crois que je vais revenir à la charge)

ben tu sais 5€ / mois en te faisant passer pour un retraité c'est pas cher
y'en a qui dépense bien plus dans des conneries Exclamation Exclamation
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Re: Hébergement: les mensonges du gouvernement

Message  pefm le Sam 6 Déc - 1:42

C'est sur. Je retournerais à la charge lundi.
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