La politique sécuritaire de Sarkozy sous le feu des critiques

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

La politique sécuritaire de Sarkozy sous le feu des critiques

Message  coal le Jeu 11 Déc - 18:58

Les dérapages répétés de la politique sécuritaire de Nicolas
Sarkozy, comme ministre de l'intérieur puis comme président de la
République, soulignent les limites du «tout répressif». Pour s'en tenir
à la période récente, les incidents pullulent: opérations musclées dans
des écoles, interpellation de l'ex-patron de Libération, suicides de mineurs en prison, polémique gouvernementale (12 ans ou pas) sur l'âge auquel on pourra incarcérer les enfants...

L'immédiateté passée, chacune de ces actualités renvoie à des
difficultés de longue durée qui font douter du modèle sécuritaire mis
en œuvre ces dernières années. Comment ne pas rapprocher la mésaventure
du journaliste de Libé et l'envolée des gardes à vue (336.000
en 2001, pour 562.000 en 2007)? On peut aussi observer les «descentes»
dans des écoles en pensant à la mise au rancart de la police de
proximité. Relativiser les débats gouvernementaux sur l'incarcération
des enfants en constatant la répression toujours accrue de la
délinquance des mineurs (sept lois depuis 2002, un nouveau texte
annoncé pour le début de l'année). Ou, encore, relier la répression à
tous crins et le record absolu de la surpopulation carcérale (63.000
détenus en octobre 2008).

Le procès en règle de la stratégie sécuritaire dominante a eu lieu,
vendredi 5 décembre, lors d'une conférence réunissant des spécialistes
de la question qui n'ont pas ménagé leurs critiques. On y a entendu les
voix, rarement rassemblées, des contempteurs de cette politique
répressive. Des obstinés qui continuent d'affirmer, études à la clef,
que la répression coûte plus cher que la prévention, que les prisons
sont des «écoles de la récidive». Des entêtés qui associent insécurité et crise sociale, qui refusent l'enfermement à vie de la loi sur la «rétention de sûreté». Des convaincus qui croient toujours aux bienfaits de la police de proximité, naguère mise à mort par Nicolas Sarkozy:

On était alors en 2003 et le ministre de l'intérieur venait de
débarquer l'ancien chef de la police à Toulouse en même temps que la «police de proximité».
Cet homme, Jean-Pierre Havrin, est désormais adjoint au maire (PS) de
Toulouse pour la sécurité et la prévention. Il explique pourquoi et
comment «la police doit être au service du citoyen et non du pouvoir». L'ex-patron du syndicat des commissaires de police reste persuadé qu'«une prévention intelligente, avec des patrouilles à pied dans les quartiers, permet aussi une répression efficace».
Et Jean-Pierre Havrin observe que le gouvernement a opéré – sans le
dire – un retour vers cette police de proximité qu'il avait tant
décriée. Sous un autre nom, les Unités territoriales de quartier (UTQ)
qui, à Toulouse comme ailleurs, ont du mal à se réimplanter. Car,
explique l'ancien responsable policier, «le retour des ghettos a été extrêmement rapide» après l'abandon de la précédente stratégie :



Aux Etats-Unis, les prisonniers sont (encore?) sept fois plus nombreux qu'en France

Nul n'ignore plus que le durcissement de la justice des «mineurs»,
présentés comme des «criminels», est au cœur de l'actuelle politique
sécuritaire. La ministre de la justice, notamment, joue sur la peur des
jeunes à coups d'énormités statistiques... (fortement réfutées ici). «On assiste à une mutation idéologique», considère, pour sa part, le juge des enfants Jean-Pierre Rosenczveig. «Jusqu'alors,
la justice visait à soutenir et transformer le petit d'homme, avec un
accompagnement social et éducatif ; le jeune était d'abord en danger,
avant d'être un délinquant,
dit le magistrat. Aujourd'hui, on ne
parle plus de justice des enfants mais de justice des mineurs. L'un des
objectifs de cette politique est de supprimer le mot enfants, qui
mérite(nt) la commisération»




Ancien ministre socialiste de l'intérieur, membre du conseil
constitutionnel,
Pierre Joxe déplore notamment l'aberration des
politiques actuelles, qui font la répression plus
dure pour les mineurs
que pour les délinquants financiers:





«Les sanctions qui s'adressent à l'opinion publique me font peur»,
note Bruno Le Roux, député (PS) de Seine-Saint-Denis, en démontant la
communication sarkozyenne. Il pointe la responsabilité des «producteurs d'insécurité» qui privilégient la prison à l'éducation:




A l'échelle internationale, Irvin Waller (université d'Ottawa) critique la «politique d'hypercriminalisation»
en vigueur notamment aux Etats-Unis. Aujourd'hui, à considérer la
population mondiale, un détenu sur quatre est incarcéré dans ce seul
pays (2,3 millions de prisonniers, l'équivalent de la ville de Paris). «Il faut être un pays riche pour emprisonner autant de monde»,
commente ce professeur canadien de criminologie. Non sans se réjouir
que la France compte une proportion sept fois moins forte de détenus
par rapport à sa population... «Aux Etats-Unis, les contribuables
paient davantage pour la répression (la police, la justice, les
prisons) que pour la santé. Et c'est largement de l'argent gaspillé»
,
ajoute-t-il. «Les taux d'emprisonnement de la population sont une affaire de choix politiques»,
précise Georges Kellens, professeur de l'université de Liège. Ils sont
supérieurs à 6/1000 aux Etats-Unis ou en Russie, mais de l'ordre de
1/1000 au Canada ou en Scandinavie. Dans quel sens va le «modèle»
français?

«Arrêtons d'être cons», disait Gilbert Bonnemaison

Retour en France, avec Jacques Toubon, député européen. L'ancien
ministre de la justice déplore les pauvres ambitions de la politique de
la ville. Il constate que le pays s'est installé dans «une situation de ségrégation géographique entre le centre et la périphérie», entre ceux qui ont tout et ceux qui n'ont rien:





Au début de la décennie 1980, le journaliste Edwy Plenel (il est
aujourd'hui président de Mediapart) était chargé des questions de
police au Monde. A ses yeux, la politique de sécurité prônée à
l'époque par Gilbert Bonnemaison, «père» de la prévention à la
française, s'inscrivait «contre le simplisme». Très loin de la présente «course
permanente à l'événement et à l'effet d'annonce, cette façon de courir
derrière la crise pour que son propre pouvoir dure»:






«Les politiques étatiques de sécurité se sont réduites peu ou prou à la seule arme répressive», relève enfin Philippe Robert, directeur de recherches au CNRS. Or, leur efficacité est problématique: «La
droite en a certes tiré un succès politique, notamment face à l'extrême
droite. Mais ces gros appareils répressifs sont très mal armés face à
une délinquance en miettes, une délinquance de petits faits. Ils
cachent mal leur faible performance.»


«Arrêtons d'être cons», répétait Gilbert Bonnemaison, auquel la conférence du 5 décembre a rendu hommage. «Un seul outil ne peut suffire à résoudre une crise de sécurité, ajoute Philippe Robert. Vingt-cinq
ans après le rapport Bonnemaison, la leçon reste pertinente: il faut
articuler prévention, répression et politique sociale.»

avatar
coal

Messages : 2424
Date d'inscription : 23/02/2008
Localisation : l'Elysée, 55 rue du faubourg Saint-Honoré 75008 Paris

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum