Audiovisuel public: Mediapart publie le Livre Blanc de TF1 ( la messe est dite ...)

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Audiovisuel public: Mediapart publie le Livre Blanc de TF1 ( la messe est dite ...)

Message  coal le Ven 12 Déc - 10:29


Le Pdg de TF1, Nonce Paolini, ne manque pas d’humour. Mercredi 10 décembre, interrogé sur RTL au sujet de son homologue de France Télévisions, il a déclaré: «[Patrick de Carolis] a obtenu 450 millions d’euros de compensation [de la part de l’Etat en 2009], pour 200 millions d’euros de recettes publicitaires [supprimées]… En matière de lobbying, il est champion du monde!»
En fait, la palme du lobbying revient plutôt à la première chaîne,
lauréate toute catégorie avec son "Livre Blanc", cette note
confidentielle adressée à l’Elysée en décembre 2007, qui recommandait
l’éradication de la réclame sur France Télévisions. Quelques semaines
plus tard, le 8 janvier, Nicolas Sarkozy avait exaucé le vœu de TF1, en
dégainant la mesure au cours de sa conférence de presse de rentrée.

En bourse, l’action de la chaîne avait bondi aussi sec (comme celle
de M6), les opérateurs anticipant une récupération par le privé des
spots envolés. Le "Livre Blanc", dont Les Echos avait révélé
l’existence dans un article de mars dernier, a depuis largement fuité.
Le document a circulé sous le manteau en différentes versions, dans les
cercles initiés, la commission Copé sur la télévision publique, les
bureaux de l’Assemblée... Mercredi, Nonce Paolini a fini par
reconnaître son envoi «à quelques personnalités politiques», «qui n’ont rien à voir» avec Nicolas Sarkozy. L’arrêt de la pub, «c’était une suggestion», a-t-il insisté. «Je pense que ça n’a rien à voir avec la décision du Président de la République»… Un conseiller de l'Elysée, en tout cas, a confirmé à Mediapart l’avoir reçu fin 2007, tout en souhaitant qu’on «cesse de fantasmer dessus».

Mediapart a choisi d'en publier une copie, en pleine guérilla
parlementaire sur l'avenir et le financement de France Télévisions. Il
s’agit là d’une version "apocryphe", maintes fois recopiée, mais dont
le contenu a été "authentifié" par des élus de la majorité.

Pour consulter le "Livre Blanc", cliquez ci-dessous:




Dans ces 17 pages confidentielles, les VRP de TF1 étalaient à la
truelle leur vision noire – voire catastrophiste – de l’avenir de la
chaîne (à mille lieux des discours officiellement tenus aux
actionnaires), pour mieux justifier les mesures de soutien réclamées à
l’Elysée. Cible de leur (com)plainte: le «contexte réglementaire», supposé «contenir le déploiement des opérateurs nationaux privés», «rendus insignifiants sur le marché international faute d’avoir eu la liberté d’atteindre la taille critique nécessaire». En décembre 2007, TF1 dressait une liste de propositions pour y remédier, dont celle-ci, glissée en quatrième position: «Financer le service public exclusivement par des fonds publics.»


En page 14, la chaîne de Martin Bouygues détaillait son raisonnement:




Pour les "avocats" de TF1, le financement (aux deux tiers étatique)
de France Télévisions lui aurait permis
«de mener une véritable politique de dumping entraînant une pression
artificielle à la baisse du coût des écrans publicitaires et tirant
l’ensemble du marché publicitaire vers le bas»
.
Pour «assainir» la situation, la chaîne privée suggérait donc un nouveau modèle à
l’exécutif: un service public financé par la seule redevance, qu’il
suffirait d’alourdir pour compenser les pertes de recettes
publicitaires. «Toute augmentation de la redevance pourrait être
perçue comme légitime par les Français, si elle leur permet de
bénéficier d’un réel service public émancipé des seules contraintes
d’audience»
, soufflaient, sans rire, les représentants de TF1.


Une idée fixe qui a cheminé ensuite à grande vitesse dans les allées du pouvoir.

Des "rencontres informelles" avec les députés

Évidemment, l'option d'une taxe sur le chiffre d'affaires
publicitaire des chaînes privées ne leur était pas venue à l'esprit.
Tant pis si Nicolas Sarkozy l'annonçait quelques jours après, le 8
janvier – à hauteur de 3%. Depuis, l'UMP a décidé, en commission à
l'Assemblée, d'alléger cette taxe en 2009, 2010 et 2011, pour cause d'«effet d'aubaine» probablement inférieur aux prédictions. L'amendement devrait être adopté sans difficulté dans l'hémicycle, jeudi ou vendredi. «On leur a dit qu'en période de crise, il fallait trouver un système qui amène une modularité de cette taxation», a décrypté Nonce Paolini sur RTL, en parlant des élus de la Nation croisés lors d'auditions et de «rencontres informelles»...


Pour compenser l'arrêt de la publicité, le "Livre Blanc" n'évoquait
pas non plus explicitement la création d'une taxe sur les fournisseurs
d'accès internet (FAI) et les opérateurs de téléphonie, finalement
annoncée par Nicolas Sarkozy. Mais il fourbissait l'argumentaire et
tendait la perche: «[Ces] nouveaux opérateurs ne sont soumis à aucune contrainte», pestait ainsi TF1, alors même qu'ils «ont pu se positionner comme éditeurs de chaînes de télévision» et que «leur
puissance d'achat engendre (...) l'inflation du coût des programmes,
notamment des plus emblématiques, le cinéma et le sport»
... L'Elysée a décidé, in fine, de taxer ces "profiteurs", à hauteur de 0,9%. Victime d'une «présomption de superpuissance», TF1 s'est fait entendre au-delà de ses espérances.


Si la chaîne n'avait – c'est vrai – rien demandé sur le mode de
nomination du patron de France Télévisions, d'autres revendications
exposées dans le "Livre Blanc" se voient encore satisfaites à
l'occasion de la réforme de l'audiovisuel public. Au nom de
l'application d'une directive européenne, le gouvernement octroie aux
chaînes privées une seconde coupure publicitaire dans les fictions; par
ailleurs, un décret autorisera le passage de "l'heure glissante" à
"l'heure d'horloge" au 1er janvier, subtilité qui permet de concentrer
les tunnels de réclame sur les pointes d'audience.


Enfin, TF1 réclamait en décembre 2007 un coup de pouce pour
s'imposer sur la TNT (télévision numérique terrestre), réclamant noir
sur blanc un assouplissement des règles anti-concentration: «Il
conviendrait de revoir le seuil d'audience à partir duquel un groupe ne
peut détenir plus de 49% du capital (...) d'une chaîne. Ce seuil,
aujourd'hui de 2,5%, pourrait être fixé à 10%»
, suggérait la note
confidentielle. Bouygues contrôle en effet 40% de TMC et compte
investir davantage. Or les parts d'audience de la TNT, très faibles
aujourd'hui, pourraient allègrement dépasser 2,5% d'ici quelques
années... Convaincu, le député Frédéric Lefebvre, proche de Nicolas
Sarkozy et ancien lobbyiste, a donc fait passer un amendement en ce sens dans la «loi de modernisation de l'économie»,
votée en juillet dernier, fixant le nouveau plafond d'audience à 8%...
Les groupes Lagardère (Virgin 17) et Bolloré (Direct Cool se sont
également frotté les mains.


L'Histoire secrète de la République

«Ce "Livre Blanc" est devenu la Bible du président de la République, dénonce Noël Mamère, député Verts et ancien journaliste, à l'image du parti socialiste. Bouygues l'a rêvé, Sarkozy l'a fait!» «Ce qui est scandaleux, ce n'est pas que la note existe, poursuit-il, conscient que de multiples contributions ont été envoyées à l'Elysée. C'est que le chef de l'Etat ait décidé le 8 janvier, sans concertation ni débat, d'en faire une loi. La BBC [télé publique anglaise] avait mis 4 ans à se réformer...» En France, selon lui, «le chef de l'Etat a choisi de payer en cash ses copains du Fouquet's, en particulier son témoin de mariage [Martin Bouygues] Et de rappeler qu'au sein de la majorité, Edouard Balladur (ex-premier ministre), François Baroin (ancien ministre) ou Gilles Carrez (rapporteur général du budget à l'Assemblée) ont exprimé leur opposition au projet de loi.

Côté UMP, cependant, la plupart des élus nient l'impact du "Livre Blanc". «Je ne fais aucun lien entre ce document et l'annonce de la suppression de la publicité par le président de la République», tranche Michel Herbillon, porte-parole du groupe sur le texte. «Toutes les entreprises diffusent des notes, pour expliquer les difficultés auxquelles elles se heurtent, précise le député. Ça n'est pas pour autant qu'elles tiennent la plume de l'Elysée ou du Parlement!» Michel Herbillon, ironique, souligne d'ailleurs qu'«aucune
chaîne privée ne demandait qu'on taxe son chiffre d'affaires
publicitaire... A l'inverse, France Télévisions devrait se réjouir
qu'on transforme ses recettes aléatoires
[la réclame] par des
ressources pérennes, garanties par l'Etat. Aujourd'hui, ce sont les
télés privées qui nous reprochent de faire un cadeau au public!»
.


Quant à Christian Kert, rapporteur UMP du projet de loi à l'Assemblée, il jure que «le "Livre Blanc" n'a jamais pesé dans les choix de la commission Copé», qui a remis ses propres recommandations
à Nicolas Sarkozy en juin dernier – pas toutes suivies d'effet. Le chef
de l'Etat, en personne, s'est-il laissé charmer par TF1? «Des tas de gens, dans son entourage, sont plein d'idées sur l'audiovisuel!» relativise Christian Kert. Mais eux, ont-ils été influencés? «Je ne sais pas, dit Christian Kert. La réponse appartient maintenant à l'histoire secrète de la République.»
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