Récession : les trois erreurs de Sarkozy

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Récession : les trois erreurs de Sarkozy

Message  coal le Ven 19 Déc - 10:33

Une crise «grotesquement psychologique», avait dit Alain
Minc, l'ami et conseiller de Nicolas Sarkozy. Pas franchement une
récession, ou alors seulement une récession «technique», avait surenchérit le premier ministre, François Fillon... A la lecture de la dernière «Note de conjoncture»
que publie l'Institut national de la statistique et des études
économiques (Insee) - que l'on peut télécharger dans notre onglet
"prolonger"-, ce vendredi 19 décembre, une florilège de déclarations
publiques revient à la mémoire.

Car, tranchant avec ces propos lénifiants, c'est un scénario très
sombre que décrit l'Insee pour l'économie française d'ici à la fin du
premier semestre de l'année 2009. Le scénario d'une entrée en forte
récession avec la cascade de mauvaises nouvelles que cela suggère :
stagnation du pouvoir d'achat, panne de la consommation, effondrement
de l'investissement des entreprises, recul de l'emploi, envolée du
chômage...

Du même coup, la note de l'Insee soulève en creux, une cascade
d'interrogations : le gouvernement, qui est toujours calé sur des
hypothèses économiques beaucoup plus favorables, a-t-il vu venir la
crise ? A-t-il bien apprécié son ampleur et sa gravité ? Et surtout, le
plan de relance du gouvernement a-t-il été bien calibré ? Est-il bien
de nature à amortir le choc de la récession qui arrive ? A tout le
moins, le document des experts économiques instille le doute et permet
de cerner les principales erreurs économiques de Nicolas Sarkozy.

1. Une récession beaucoup plus violente prévu

De fait, la note de l'Insee autorise un premier constat : la
récession qui vient sera beaucoup plus forte et accentuée que ne
l'admettent l'Elysée et le gouvernement. Longtemps, en effet, le chef
de l'Etat et les ministres ont nié le ralentissement économique qui
était à l'œuvre. La ministre des finances, Christine Lagarde, s'est
distinguée au printemps dernier avec son célèbre cri de joie : «Je jubile!».

Sans même remonter aussi loin, le gouvernement, après avoir beaucoup
tardé à réviser à la baisse les hypothèses économiques du projet de loi
de finances pour 2009, s'y est finalement résolu en novembre, en
retenant une prévision de croissance de +0,2% à +0,5%.


Or, l'Insee - comme d'ailleurs les autres grands instituts de
conjoncture -, ne donne aucun crédit à cette évaluation. Même si le mot
de récession est banni du langage gouvernemental, c'est bel bien ce qui
est aujourd'hui à l'œuvre, selon l'institut, puisque le taux de
croissance de l'économie française suivrait cette évolution : -0,3% au
deuxième trimestre 2008, +0,1% au troisième, -0,8% au quatrième, -0,4%
au premier trimestre de 2009 et -0,1% au deuxième trimestre.

Comme, par convention, une récession est un recul de l'activité
pendant deux trimestres consécutifs, il faut donc bel et bien prononcer
le mot qui écorche la bouche de tous les ministres : récession!

Le fait est maintenant indiscutable. En cette fin d'année, le recul
de l'activité est même spectaculaire : le recul de 0,8% évoqué par
l'Insee est en ligne avec le -0,7% envisagé la semaine passée par la
Banque de France.

Sur l'ensemble de l'année 2008, la croissance devrait donc être
limitée à seulement +0,8%. Et surtout l'année 2009 s'annonce
calamiteuse, avec un «acquis de croissance»
qui devrait être négatif de -1,1% à fin juin 2009. Ce que l'Insee
appelle «l'acquis de croissance» est par convention la croissance qui
serait constatée fin 2009, si au cours des deux trimestres suivants (le
troisième et le quatrième), la croissance était nulle.

Par prudence, les prévisions de l'Insee ne portent jamais que sur
les six mois à venir. La «note de conjoncture» ne se prononce donc pas
sur les évolutions de la crise au delà de la fin du mois juin de
prochain. Cela étant, la récession d'au moins -1,1% qui sera constatée
à la fin du printemps donne la mesure des évolutions en cours.

Alors que le gouvernement a très longtemps prétendu que la France
était à l'abri, au moins partiellement, du choc de la crise, les
chiffres disponibles attestent que tout est en train de se dégrader à
vive allure. Et que la récession s'annonce brutale et violente, sans
que les experts ne se prononcent sur sa durée. Ils soulignent juste
que, dans les débuts que nous connaissons, elle présente des
similitudes avec la récession de 1993.

2- Un plan de relance qui ignore la demande intérieure

Quand on la lit entre les lignes, la «note de conjoncture» de
l'Insee permet aussi de mieux comprendre les erreurs de diagnostic,
volontaires ou non, qui ont présidé à l'élaboration du plan de relance
de Nicolas Sarkozy.


Car le document montre bien que si l'activité s'effondre, c'est
parce que toutes les rouages du moteur de l'économie se sont d'un seul
coup grippés. Sous les effets de la crise mondiale, la demande
étrangère adressée à la France s'est ainsi effondrée, comprimant du
même coup les exportations et donc freinant la production intérieure.


Par un effet de boule de neige, l'investissement des entreprises,
autre grande courroie d'entraînement du moteur de l'économie, a aussi
commencé à fonctionner en sens contraire. Les chiffres sont de ce point
de vue impressionnants : en hausse de 7,3% en 2007, puis de 1,8% en
2008, l'investissement des entreprises pourrait afficher un acquis de
croissance négatif de -3,6% à la fin du mois de juin 2009.


Du même coup, on comprend qu'une partie du plan de relance dessiné
par Sarkozy, en particulier tout le volet des mesures qui vise à
améliorer la trésorerie des entreprises, est sûrement le bienvenu.
Discutable sûrement dans ses modalités (notamment dans les dispositions
qui visent à déréglementer les mesures encadrant les marchés publics)
mais utiles dans de nombreuses autres dispositions...


Mais la «note de conjoncture» montre aussi, en creux, les failles du
plan de relance. Car, d'autres courroies d'entraînement du moteur de
l'économie se sont aussi grippées. La plus spectaculaire est évidemment
celle du pouvoir d'achat et du même coup de la consommation.






Jouant un rôle moteur de la croissance française depuis des lustres,
la consommation des ménages est en effet entrée en phase de brutal
ralentissement : +2,5% en 2006 et en 2007, puis seulement +0,9% en
2008, la consommation ne devrait afficher qu'un acquis de croissance de
0,4% fin juin pour 2009. Si l'on prend en compte les évolution
infra-annuelles, on mesure encore mieux que c'est l'un des grands
moteurs de l'économie qui est en train de s'éteindre.


Pour être précis, la consommation des ménages oscille autour de zéro
depuis le début de l'année 2008 : -0,1% au premier trimestre, 0% au
deuxième, 0,2% au troisième, 0,1% au quatrième, puis en 2009 0% au
premier trimestre et 0,3% au deuxième trimestre.


Or, les chiffres parlent d'eux-mêmes : si la consommation est à ce
point en berne, bien avant d'ailleurs que la crise économique mondiale
ne soit devenue aiguë, c'est que le pouvoir d'achat des ménages s'est
lui-même effondré. En très forte hausse en 2006 (+2,6%) et plus encore
en 2007 (+3,3%), le pouvoir d'achat ne devrait progresser que de 1,1%
en 2008. Mais si l'on ne retient que le seconde semestre de 2008,
l'évolution est encore plus préoccupante : 0%. Là encore, c'est la
grande panne.


Il faut toutefois se méfier des chiffres. Car dans le cas du pouvoir
d'achat, ils sont biaisés par les évolutions de la population active.
Si l'on neutralise cet effet, c'est-à-dire, si l'on ne prend en compte
que le pouvoir d'achat par unité de consommation (c'est-à-dire le
pouvoir d'achat réellement ressenti par les ménages), la chute est
encore plus brutale : +0,2% en 2008 après +2,4% en 2007. Pis que cela!
Par ménage, l'évolution serait encore plus inquiétante : -0,2% en 2008,
après +2% en 2007.




En clair, bien avant que la crise ne s'accélère, le pouvoir d'achat
s'est mis à piquer du nez. Et le gouvernement n'a rien fait pour
amortir ce choc, le plus immédiatement perceptible pour les Français.
C'est même plus consternant que cela ! Conduisant une politique des
revenus restrictive, il a refusé de revaloriser le salaire minimum ou
les salaires publics. Et surtout, dans le plan de relance, rien n'a été
prévu pour soutenir le demande intérieure, hormis la petite prime pour
les futurs allocataires du Revenu de solidarité active (RSA). C'est
donc sans doute le socialiste Lionel Jospin, sur la chaîne Histoire,
qui a trouvé la bonne formule voici quelques jours pour résumer la
philosophie de ce plan de Nicolas Sarkozy : «Un plan de relance keynésien pour les riches». Et en tout cas, sûrement pas pour les plus modestes.



3- Une grave impasse sur le front du chômage





Cette carence du plan de relance de Nicolas Sarkozy se lit tout
particulièrement dans les prévisions que l'Insee dresse dans le domaine
du marché du travail. Car, comme on s'en doute, la brutale entrée en
récession va se traduire par des destructions massives d'emplois et une
envolée spectaculaire du chômage.










Là encore, les chiffres sont impressionnants. Près de 125.000
emplois détruits par l'économie française au deuxième semestre de 2008,
puis le chiffre de 191.000 au premier semestre de 2009 : c'est une
véritable saignée sociale qui se prépare, que l'on devine déjà au gré
des plans sociaux qui sont annoncés semaine après semaine.


Conséquence implacable : le chômage va brutalement repartit à la
hausse. Plus de 49.000 demandeur d'emploi supplémentaires au quatrième
trimestre de 2008, plus de 72.000 au premier trimestre de 2009, plus de
78.000 au deuxième trimestre : c'est donc une hausse très violente du
chômage qui se dessine. D'un point bas de 7,2% au deuxième trimestre,
le taux de chômage, lui, bondirait à 8% en juin 2009.


Or, sur ce front, qu'a fait le gouvernement ? Dans l'urgence, il a
dit qu'il ferait... l'exact contraire de ce qui était initialement
prévu : les contrats aidés vont être légèrement augmentés. Mais pour le
reste, le gouvernement a maintenu le cap annoncé sur le plan social :
celui de la déréglementation des règles qui encadrent le marché du
travail.


Les réformes mise en œuvre par Nicolas Sarkozy (contrat de mission,
rupture négociée du contrat de travail, remise en cause du droit du
licenciement...) produisent donc leurs effets.
Voici dix à quinze ans,
il fallait huit à neuf mois pour que le marché du travail subisse
l'onde de choc d'un ralentissement économique. Désormais, dans le cadre
d'un marche du travail très déréglementé, l'onde de choc est quasi
immédiate. Les chiffres de l'Insee sur le front du chômage et de
l'emploi en portent la trace. C'est l'onde de choc de la récession.
Mais c'est aussi, tout autant, l'onde de choc de la politique de
Nicolas Sarkozy.
avatar
coal

Messages : 2424
Date d'inscription : 23/02/2008
Localisation : l'Elysée, 55 rue du faubourg Saint-Honoré 75008 Paris

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum