«Ultra-gauche»: l'arsenal antiterroriste est désormais utilisé contre une avocate

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«Ultra-gauche»: l'arsenal antiterroriste est désormais utilisé contre une avocate

Message  coal le Sam 17 Jan - 9:58

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Une jeune avocate et son ami ont été interpellés dans la nuit de mardi à
mercredi 14 janvier, pour avoir tenté de mettre le feu à deux véhicules
dans une rue de Paris. L'affaire semblait de faible ampleur, malgré la
profession légalement «protégée» de la jeune femme. Mais, pendant la
garde à vue, les enquêteurs ont découvert que les deux intéressés
étaient «surveillés pour leurs liens avec l'ultra-gauche», selon une source policière, et qu'il s'agirait de «deux militants de la cause autonome».
Ces deux assertions méritent évidemment d'être établies par l'enquête,
tout comme le lien entre les faits reprochés et un projet «terroriste»
reste sujet à caution. Jeudi en milieu d'après-midi, les deux
intéressés s'étaient refusés à toute déclaration.


La prudence paraît d'autant plus de mise que le précédent du «groupe de Tarnac»
– accusé d'avoir voulu déstabiliser l'Etat par des sabotages de lignes
SNCF en novembre 2008, alors que le dossier d'enquête ne contient pas
de preuve matérielle évidente – continue d'être critiqué. Mais les deux
gardes à vue en cours à Paris donnent encore une illustration de la
répression accrue visant d'éventuels membres de cette «ultra-gauche» dénoncée par la ministre de l'intérieur Michèle Alliot-Marie.


Car il faut rappeler que ce changement de politique est récent:
l'ensemble s'inscrit dans une instruction du ministère de la justice,
datée du 13 juin 2008, qui a recommandé à tous les parquets de France
de transmettre les dossiers susceptibles d'intéresser «la mouvance anarcho-autonome» aux magistrats spécialisés dans l'antiterrorisme (lire ici dans Mediapart).


Ce contexte explique pourquoi l'avocate et son ami, d'abord mis en
cause pour une tentative d'incendie, ont basculé sous le régime de la
législation antiterroriste. Cette dernière autorise notamment de porter
leur garde à vue à une durée de quatre jours (96 heures, au lieu de
deux jours, dans les procédures de droit commun).



Un tel branle-bas de combat antiterroriste sera-t-il justifié, dans
cette dernière affaire parisienne? Dans la nuit du 13 au 14 janvier,
l'avocate et son compagnon – respectivement âgés de trente et
vingt-huit ans – se trouvaient à proximité de leur domicile, dans le
XIXe arrondissement de Paris, a-t-on confirmé de sources policière et
judiciaire. Ils étaient manifestement «en état d'ébriété» et décidés à utiliser «un chiffon»
enflammé pour mettre le feu aux voitures. Les deux véhicules visés
étaient des voitures particulières, sans signe distinctif. Ils étaient
stationnés à un endroit où se trouvait un poste de police, quelques
mois plus tôt, qui avait depuis été fermé. Le mutisme des deux
interpellés, en garde à vue, ne va pas dans le sens d'une action
politiquement «revendiquée». Enfin, aucun des deux intéressés ne
s'était fait remarquer par la justice, jusqu'à cet incident, même s'ils
étaient visiblement davantage connus des services de renseignements...



Un «terrorisme invisible», selon le Syndicat de la magistrature

La jeune avocate connaît, en tout cas, la question sur le bout des
doigts, pour l'avoir étudié à l'université de Cergy-Pontoise. En
septembre 2002, son mémoire de DEA y était consacré à un thème des plus
appropriés: «Les dispositions renforçant la lutte contre le terrorisme issues de la loi sur la sécurité quotidienne du 15 novembre 2001». Avec un chapitre consacré aux «nouvelles règles procédurales en matière de terrorisme».



Dans ce dossier d'incendie qui la concerne désormais, la profession
d'avocat – juridiquement protégée – impose toutefois aux enquêteurs de
prendre des pincettes. Des perquisitions éventuelles ne sont ainsi pas
autorisées au cabinet de l'intéressée, sauf par un juge d'instruction
et en présence du bâtonnier de Paris. Au cours de l'année écoulée, la
jeune femme a travaillé dans deux cabinets parisiens successifs, tous
deux connus pour s'occuper notamment de dossiers intéressant les droits
de l'Homme.


Avant même que cette double garde à vue soit rendue publique, le 15
janvier, le Syndicat de la magistrature avait dénoncé les procédures
judiciaires utilisées contre le «groupe de Tarnac».
Evoquant un «terrorisme invisible» dans ce dossier particulier,
le SM avait fustigé dans son communiqué: «L'instrumentalisation
consentie de la justice – à la suite d'une opération de "police
réalité" opportunément médiatisée par la ministre de l'intérieur –
semble avoir atteint son paroxysme»
.


En la matière, la période ne manque pas en effet de rebondissements
judiciaires. Le 14 janvier, le juge d'instruction chargé du dossier de
«Tarnac» avait ordonné la libération de Yldune Lévy, la compagne de
Julien Coupat – lui-même toujours incarcéré dans cette affaire liée à
des sabotages de lignes SNCF. Mais le parquet antiterroriste avait
aussitôt fait appel de cette décision. Voilà pourquoi le Syndicat de la
magistrature dénonce aujourd'hui «l'entêtement de la ministre de
l'intérieur et du parquet de Paris à vouloir maintenir une
qualification des faits manifestement disproportionnée»
...

On verra si les suites réservées au présent dossier parisien –
remise en liberté, requalification des faits ou mise en examen – lui
donnent, ou non, raison.


ACTUALISATION: le parquet de Paris a indiqué à l'agence Reuters, vendredi midi, que les deux intéressés avaient été remis en liberté «dans la nuit de jeudi à vendredi». La même source a ajouté: «Ils ne seront pas poursuivis, même pour les faits pour lesquels ils ont à l'origine été arrêtés». Sur les soupçons de lien avec «l'ultra-gauche»,
le parquet a fait état de la présence du numéro de téléphone de
l'avocate en possession de Julien Coupat, présenté comme le «chef» du
groupe dit «de Tarnac». Au sujet de cet élément téléphonique, le
parquet a précisé: «Il ne s'agit pas d'un délit»...


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