"Michèle Alliot-Marie cherche à faire un exemple à travers Julien"

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"Michèle Alliot-Marie cherche à faire un exemple à travers Julien"

Message  coal le Mer 31 Déc - 15:01

SABOTAGES SNCF


Gérard Coupat estime, dans une interview à nouvelobs.com, que le maintien en
détention provisoire de son fils, Julien Coupat, soupçonné d'avoir
participé aux sabotages des lignes de TGV, procède d'une volonté
politique visant à tuer dans l'oeuf toute révolte de la jeunesse contre
le "totalitarisme mou qui tente de s’installer en France".



Vendredi, la cour d'appel de Paris a infirmé la demande d’un juge des libertés et
de la détention de libération de Julien Coupat, en décidant son
maintien en détention, dans le cadre de l’enquête sur les sabotages de
plusieurs lignes de TGV commis en novembre. Avez-vous pu voir votre
fils après l'audience ?


- Ma femme avait pris un parloir au cas où Julien ne serait pas libéré.
Elle l'a vu pendant une demi-heure. Il était effondré après ce qu'il
venait de vivre. Effondré d'avoir subi cinq fouilles à nu entre la
prison de la Santé et le Palais de justice, en moins de deux heures.
Quand il a voulu aller uriner avant l'audience, les policiers ont de
nouveau procédé à des vérifications, il a dû enlever ses lacets, et y
est allé sous leur étroite surveillance. Ce n'est qu’une fois mis dans
cet état d'humiliation que l’audience a commencé. Il y a de quoi se
demander si la détention préventive n'a pas pour but unique de casser
les personnes. Ensuite, il s'est retrouvé face à trois magistrats en
vacation qui ne connaissaient pas bien l'affaire, sachant que le
dossier de Julien compte 5 tomes et qu'ils avaient 17 ou 18 affaires à
traiter en moins de 8 heures. D'emblée, les magistrats se sont montrés
agressifs, l'accusant de mal se tenir et le traitant d'"Essec égaré".
Julien les a sentis hostiles. Il sentait que ces magistrats n'avaient
pas envie de contrecarrer la volonté du parquet et du ministère de
l’Intérieur.

Comment expliquez-vous son maintien en détention ?


- A partir du moment où le parquet, qui est le représentant du pouvoir
politique, a utilisé une procédure exceptionnelle – le référé rétention
infirmant ce que le juge des libertés, indépendant du pouvoir
politique, avait décidé, à savoir la remise en liberté immédiate –, on
se doutait que personne, surtout pendant les vacances où les décisions
sont prises par des juges vacataires, n'allait aller à l’encontre de
l'avis du parquet. Résultat, comme l'avocat de Julien va probablement
déposer une nouvelle demande de remise en liberté mi-janvier, il faudra
encore 15 jours pour qu'elle soit étudiée, cela signifie que Julien en
reprend pour un mois minimum, alors que rien ne justifie sa détention.
Depuis le début de cette affaire, on se trouve face à une justice
manipulée directement par le ministère de l’Intérieur ou indirectement
par le parquet; ce qui revient au même.

Pouvez-vous le voir souvent ? Parvenez-vous à échanger tous les deux ?


- On a le droit à une visite de 40 minutes environ trois fois par
semaine, sachant qu’on est sous stricte surveillance pendant les
entretiens, vu que Julien est considéré comme "un terroriste
dangereux". Les conditions de détention sont difficiles. Le père
d'Yldune (la compagne de Julien, également gardée en détention, ndlr),
raconte qu'elle est réveillée toutes les deux heures, soi-disant pour
qu'elle ne se suicide pas. Quand je vois Julien au parloir, je passe
mon temps à lui dire qu'il faut qu'il tienne bon, qu'il prenne de la
distance. Même s'il a des gros coups de barre, comme vendredi, il reste
solide face aux pratiques policières visant à l’humilier.

Vous êtes persuadé de son innocence. Pourquoi ?


- Je suis convaincu que Julien n'a rien à voir avec le terrorisme. Il
est en désaccord, comme beaucoup de gens, avec une politique qui
instaure une surveillance et une répression accrues des individus au
nom du "tout sécuritaire", qui est le nouveau credo de notre ministre
de l’Intérieur. Les jeunes de Tarnac considèrent que le capitalisme
financier et l'hyper consumérisme actuels détruisent la planète et la
solidarité entre les hommes et entre les peuples. Mais surtout, ce
qu'on leur reproche, c'est d'être des jeunes plutôt instruits,
appartenant à la classe moyenne, et ayant décidé de vivre réellement
selon leurs idées. Non seulement ils contestent notre mode de vie et
notre organisation sociale, mais en plus ils osent mettre les leurs en
application : c’est cela qui fait peur à la police. A Tarnac, sur le
plateau des Millevaches, ils essaient avec des amis de mettre en
pratique une nouvelle façon de vivre fondée sur une vision collective
de la société et sur une certaine frugalité. C'est une expérimentation
sociale. Et c'est pour cela que leur collectif a choisi le plateau des
Millevaches, un milieu âpre, pauvre, froid et symbole de résistance,
pour ainsi développer ces liens sociaux tellement enrichissants.

Que pensez-vous des pièces à charge du dossier ?


- Dès le premier jour, la ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie
a clamé qu'elle avait beaucoup de preuves à charge. Et puis, en
quelques jours, ces preuves sont devenues un faisceau de présomptions,
c’est à dire pas grand chose. Aujourd'hui, son dossier ne tient
tellement pas la route qu'elle est obligée d’extirper des bibliothèques
un livre aux auteurs anonymes. C’est vraiment n’importe quoi. Entre
temps, heureusement, trois jeunes de Tarnac ont été libérés… Il ne
reste que Julien et Yldune.
La police a donné aux journalistes un certain nombre d'éléments à
charge pour laisser penser qu'elle avait attrapé un gros poisson. Ces
éléments étaient censés prouver qu'il s'agissait de terroristes. Selon
cette version, Julien serait un "grand terroriste" parce qu'il
n'utilise pas de téléphone portable, parce qu'il est soi-disant caché à
Tarnac, parce qu'il a passé clandestinement la frontière entre le
Canada et les Etats-Unis… C’est grotesque. Mais ce que le ministère de
l'Intérieur ne comprend pas, c'est que tous ces indices ridicules ne
sont que des éléments du mode de vie que les jeunes de Tarnac ont
choisi. Julien, pour ne prendre que la dernière accusation, ne se
déplace qu'en stop, afin de prendre le temps de rencontrer et de
comprendre les gens. Quant à se "cacher" à Tarnac, c’est tout le
contraire : le collectif est très intégré au village, c'est grâce aux
enfants du collectif que l'école se perpétue, ils tiennent l'épicerie,
le bar-restaurant, le ciné-club... Je suis allé à Tarnac, et ce que
j’ai vu, c'est beaucoup de travail et beaucoup de discussions. La
notion de chef n'existe pas, le collectif refusant toute structure
hiérarchique. Julien ne peut donc pas être "chef de bande", comme le
dit Mme Alliot-Marie.
On est totalement dans la logique du marketing de la peur et de la
manipulation policière. L'idée géniale mise en avant par le procureur
général, c'est qu'il faut prendre le terrorisme à la base. Il a fait le
parallèle avec la Bande à Baader, mettant en avant le fait que cette
fois, les "terroristes" avaient été pris avant qu’ils ne soient
véritablement des terroristes ! Mais, hélas pour lui, dans le collectif
de Julien, il n’ont pas trouvé l’ombre d’une arme. Et pendant les six
mois de filature et en dépit des dizaines de policiers à leurs
trousses, ceux-ci n’ont rien trouvé de très répréhensible. Quel gâchis
d’argent et d’énergie, dépensés pour rien, ou uniquement pour le cirque
médiatico-policier mis en scène par le ministère de l’Intérieur !

L’enquête de police dit tout de même que Julien et Yldune ont
été vus près de l'une des lignes de TGV qui a été sabotée, le 7
novembre…


- Comme ils étaient suivis depuis six mois, les policiers savaient déjà
tout sur eux. Nous étions tous surveillés, les enfants et les parents.
Pourquoi alors, s'ils disent savoir que Julien était avec Yldune près
de cette voie ferrée, ne sont-ils pas intervenus aussitôt ? Ils disent
qu'ils ont perdu leur trace dans le noir pendant 20 minutes avant de
les retrouver. Or, il est impossible de saboter une caténaire, à deux,
pendant un laps de temps aussi court. Les professionnels sont formels.
Et comment se fait-il qu’en retrouvant leur filature, les policiers
n’aient pas fouillé leur voiture pour trouver des pièces à conviction ?
Bizarre…
De plus, ce que la police nomme des actes terroristes sont en réalité
des actes vandalisme. La seule chose sur laquelle ils fondent la
procédure terroriste est le lien qu'ils établissent entre les sabotages
sur les lignes TGV et le livre "L'Insurrection qui vient", dont ils
affirment sans aucune preuve que Julien est l'auteur principal. Dans ce
livre, il est notamment écrit que la révolte peut passer par le blocage
des voies de communication. Or, couper les voies de communication,
n'est-ce pas ce que font régulièrement les cheminots en grève, les
pêcheurs ou les camionneurs ? Cela fait un demi-siècle que les
mouvements de contestation emploient cette technique. Et soudain, le
ministère de l’Intérieur décide que ces actes seront dorénavant des
actes terroristes. On marche sur la tête…
Depuis le début, une autre histoire est connue des policiers mais n’a
pas été prise en compte. Dès le 9 novembre, soit deux jours avant
l’attaque policière sur Tarnac, les sabotages ont été revendiqués par
des écologistes allemands militant contre le transport des déchets
nucléaires. Ils écrivaient dans leur communiqué qu'ils avaient mis des
fers à béton sur les lignes des TGV allemandes et françaises pour
marquer un grand coup. Or, de ce que je sais, pas un policier n'est
allé enquêter de ce côté là.

Mais pourquoi alors, selon vous, cet acharnement sur Julien ?


- Déjà parce que la ministre de l'Intérieur ne veut pas perdre la face
en libérant une personne qu'elle s’est empressées d’accuser à la légère
de terroriste. En outre, les idées des jeunes de Tarnac dérangent notre
ministre, qui sait qu'il y a un ras-le-bol chez les jeunes de la classe
moyenne qui pourrait s'embraser, comme en Grèce. Je pense que Michèle
Alliot-Marie cherche à faire un exemple à travers Julien et à tester la
capacité des Français à réagir à cette nouvelle agression liberticide.
Ce qu'elle fait ainsi savoir c'est : regardez, si vous osez contester,
voilà ce qu’il vous arrivera. En prenant pour boucs émissaires des
jeunes ayant un casier judiciaire vierge, plutôt instruits, de la
classe moyenne, elle réussit bien son coup en distillant la peur à
grande échelle et en prenant le rôle de la grande déesse protectrice de
tous les malheureux… Espérons que les Français ne se feront pas prendre
à cette mise en scène.

Vous êtes ultra présent dans les médias. Dans quel but ?


- A l'inverse de la ministre de l'Intérieur, dont les équipes n'ont pas
respecté le secret de l'instruction en accusant d'emblée le collectif,
nous, les parents des inculpés, nous avions décidé d'attendre la fin
des 96 heures de garde à vue avant de parler à la presse. Nous voulions
respecter la loi républicaine. Mais après toutes ces déclarations qui
faisaient de nos enfants des coupables – car d'emblée le ministère de
l’Intérieur a considéré qu'ils étaient coupables –, imaginez le travail
qu'on a dû faire pour réparer cette image mensongère, qui, de plus, ne
respecte pas la présomption d'innocence ! Imaginez comme c'est
difficile de faire en sorte que les gens changent de point de vue
quand, dès les premiers jours, Mme Alliot-Marie s’est efforcée de
convaincre les Français qu'elle les a sauvés d'actes terroristes, dans
un contexte de peur généralisée ! Par notre travail, les journalistes,
en allant à Tarnac, se sont rendus compte ensuite par eux-mêmes qu'ils
avaient été manipulés, voire bernés.

Vous mêlez, au combat du père qui veut sauver son fils, celui du
citoyen qui s'insurge contre les pratiques politiques actuelles…
Pourquoi ce deuxième engagement ?


- Mon premier objectif, c'est, en tant que père, qu'Yldune et Julien
sortent de prison le plus vite possible. Car le but de la prison
préventive, je le répète, dans ce cas, c'est de les casser. Plus courte
sera cette période de détention, mieux ce sera pour nos enfants, qui
risquent d'en sortir détruits. Nous sommes plutôt pessimistes, car nous
voyons bien que Michèle Alliot-Marie et sa police politique mettront le
paquet pour s’opposer à leur libération. Il faut savoir que lorsque les
magistrats vont ordonner une enquête, c'est cette même police qui va
s'en charger. On va donc se retrouver immanquablement confronté au
ministère de l’Intérieur, et cela peut durer des années. Je pense
qu'ils vont tout faire pour que cela prenne du temps. La justice est
instrumentalisée par les policiers, c’en est le parfait exemple. Mais
je me battrai tant que Julien ne sera pas blanchi de cette infamie et
que les pratiques policières et du ministère de l’Intérieur ne seront
pas remises en question.
Mon deuxième but, c'est de montrer à tous ce que je viens de découvrir
: que ces lois, qui sont des lois d'exception faites pour al-Qaida et
consorts, sont utilisées pour des personnes qui ne font que contester
une politique, un mode de société. J'ai découvert la scandaleuse
complicité entre la justice et le ministère de l'Intérieur, une
complicité plus proche d'une république bananière que d'une démocratie
en bonne et due forme. Ce que je veux dire c'est, d'une part, qu'il
doit y avoir respect de la constitution française, donc présomption
d'innocence et non présomption de culpabilité, et, d'autre part, qu'il
doit y avoir respect des droits de l'Homme, donc que la prison doit
demeurer un fait extrêmement exceptionnel.
Moi qui n'avais pas de forte démarche politique dans ma vie, qui votait
tantôt à droite, tantôt à gauche, en fonction des personnalités
politiques, qui avais été myope, un peu lâche, je sais désormais ce que
je vais faire du reste de ma vie. Je vais m'engager contre ces lois
liberticides : ce sont nous, les hommes et les femmes de 40 à 60 ans,
qui avons laissé les gens au pouvoir mettre en place ces lois
scélérates ; c’est à nous, avec l’aide des jeunes, de les faire sauter
car elles sont contraires à l’esprit de la démocratie française.
Et puis, je vais mettre toute mon énergie pour que Tarnac continue à
vivre, car c’est pour moi un symbole merveilleux de résistance au
totalitarisme mou qui tente de s’installer en France. Merci au peuple
de Tarnac de nous avoir réveillés.

Interview de Gérard Coupat par Sarah Halifa-Legrand
(Mardi 30 décembre 2008)
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